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La boite magique du tailleur

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Saint Bily contre le Diable

Vincent, le tailleur d'Elven, travaillait à la perfection. Personne ne s'entendait comme lui à dessiner de fines broderies sur les robes des minourez, à disposer du velours sur les vestes des gros fermiers. Il contait également avec grand talent.

Partout où il allait, il emportait sous le bras une boite carrée qu'il serrait contre son coeur ; elle intriguait tout le monde mais jamais personne n'en avait vu le contenu.

Le fermier de Kerlo avait deux belles filles à marier, recherchées par tous les soupirants.Quand il fut question des épousailles de l'ainée, Vincent fut demandé pour réaliser sa toilette. L'aiguille alla fiévreusement, la robe fut décorée de perles magnifiques, le corsage de gracieuses arabesques. La veille du mariage, il se rendit à Kerlo pour mettre la dernière main à son oeuvre mais pressé de recevoir compliments et argent, dans sa hâte, il oublia sa mallette. Très embêté, formidablement inquiet, il s'adressa au jeune berger : "Bili, mon jeune ami, toi qui court plus vite que le cerf devant le chien, va jusqu'au bourg d'Elven et ramène moi ma malette ; sans elle je ne pourrai pas achever mon ouvrage ! Mais surtout, ne t'avise pas de l'ouvrir, sinon, il t'arriverait un grand malheur !"

Le berger courut à perdre haleine. Sur le chemin du retour, au milieu de la lande, il lui sembla entendre, à plusieurs reprises, un léger bruit provenant de  la boite. "Ils sont plusieurs là-dedans, mais ils ne doivent être ni bien gros, ni très dangereux. De toute façon, je me contenterai de glisser un oeil par la fente."

Il n'avait pas oublié la menace du tailleur, mais le risque lui paraissait minime et Vincent n'y verrait que du feu. Doucement, il souleva le couvercle, une multitude de petits hommes, gros comme des frelons, avec des cornes pointues, sortirent de la boiteet se mirent à tourbillonner  autour de lui en répértant "Demat doh hui, hon mestr, labour, labour fonnabl domb ni !" (Bonjour à vous notre maître ! De l'ouvrage pour nous bien vite !) Leur nombre était considérable ! Ils se suspendaient aux bras et aux jambes et aux cheveux du pauvre Bili !

Le berger, maîtrisant sa peur, leur ordonna : "Arrachez-moi les ajoncs qui couvrent ce désert." Les lutins déblayèrent le terrain en un clin d'oeil et reprirent aussitôt leur refrain : "De l'ouvrage, de l'ouvrage !"

"Ramassez les branches, réalisez des fagots, et réunissez les en tas." En deux minutes la besogne était achevée. Le tas mesurait plus de dix mètres de haut ! Les petits homme reprirent alors à nouveau : "De l'ouvrage, de l'ouvrage !"

"Grimpez maintenant jusqu'au fagot du sommet et sautez dans la boite" s'écria Bili. Les lutins obéirent et ils se retrouvèrent prisonniers une fois le couvercle refermé.

Quand Bili arriva à Kerlo, le tailleur l'attendait, anxieux : "As-tu tenu compte de mes recommandations ?" Le berger répondit : "Je n'aurais eu garde de vous désobéir". Vincent, rassuré, se mit au  travail, à l'abri de tous. Il découpa un morceau d'étoffe et la glissa dans la malette en murmurant "travaillez à l'oeuvre !" Cela dura quelques secondes, quand le tailleur retira l'étoffe, elle était transformée en un superbe tablier. Il n'y manquait rien, ni parure, ni bordure, mais chose singulière, il était vert.

Vincent, d'abord stupéfait, comprit vite la trahison de Bili. "Tu as deviné mon secret et tu as sali les mains de mes ouvriers, il nous adviendra grand malheur !"

Le lendemain, c'était le jour des noces, les invités étaient nombreux et le cidre coulait à flot. Pour noyer son angoisse, Vincent but et but encore. A minuit sonné, il quitta la maison mais ses jambes chancelaient, la tête lui faisait mal, aussi il tomba de tout son long en travers du chemin, chapeau d'un côté et la fameuse boite de l'autre. Il s'endormit du sommeil des ivrognes. Mais il fut réveillé par un murmure : les petits hommes, libérés par la chute de la malette, dansaient une sarabande autour de lui en criant : "Du travail pour nous maître, du travail pour nous !" Le tailleur, à l'esprit confus et à la parole bloquée ne put prononcer que la formule habituelle : "Travaillez !"

Plus le temps passait, plus les diablotins se montraient pressants, lui sautant sur les épaules, la tête, se glissant dans ses oreilles, les narines et dans sa bouche entr'ouverte. L'étreinte se renforça, jambes et bras semblaient enchainés, aucun son ne pouvait sortir de sa gorge... Il mourut étouffé. Ce n'était pas assez et ils le piétinèrent, se mirent à le pétrir pour lui donner l'aspect d'une pierre. On peut encore aujourd'hui le voir contre le mur de la ferme. Terrible avait été la vengeance de ces petites créatures du Diable !

Mais le Diable justement, prétendit punir également le fermier dont le berger avait découvert le mystère de la boite. Il s'installa dans les tours de Largoët, toute proches, et commença à faire ravager ses terres à plaisir, une fois un orage terrible détruisait les récoltes, une autre foisun vent impétueux renversait les pommiers, une maladie décimait les troupeaux... L'année n'était pas révolue que le fermier était ruiné et dans l'impossibilité de payer son bail. Que faire ?

Un dimanche, il se rendit à Saint Bily pour prier le patron du pays de lui accorder son aide. Sur le chemin du retour, il aperçu un beau monsieur, habillé à la façon gentilhomme, s'avancer vers lui : "Hé bien l'ami, en voilà une mine de carême ! Est-ce dû aux bêtes qui manquent dans ton étable et aux sacs de blé que t'a coûtés le dernier orage ?"

"Il ne convient guère de se moquer d'un malheureux. Je suis en effet réduit à la dernière misère et je viens demander au bon Saint Bily de me tirer de cette affaire." répondit le fermier.

"Ni Saint Bily, ni même Dieu ne te tireront de là, mais moi seul ! Ecoute, brave homme, si tu acceptes ma proposition, je serais ton valet, me chargerai de travailler ta ferme, de la féconder et d'arrondir ta bourse au point que pas un minour du canton ne pourra rivaliser avec toi. Mais attention, tu devras me fournir du travail pendant 365 jours ininterrompus, faute de quoi, tu devras me livrer l'âme de ta cadette. Je te donne en plus, cette bourse pleine de louis d'or si tu acceptes." expliqua le mystérieux gentilhomme.

Le paysan avait reconnu le Diable aux cornes qui déformaient son chapeau ! Son premier mouvement, celui de sa conscience, fut de crier "non !" mais l'or qui avait des reflets si chatoyants, sa misère qui était si affreuse, la mendicité qui menaçait sa femme, sa fille et lui-même, l'honorable fermier de Kerlo, firent qu'avec un profond soupir, il répondit "oui".

 

"Je te remercie, mais il me faut une signature." répartit le Malin. Docilement, le malheureux traça sur le contrat une croix avec son sang.

A partir de ce jour, une transformation complète s'opéra dans le domaine de Kerlo. Les landiers, éventrés par la charrue, se changèrent en riches terres de labour, les champs se couvrirent de luxuriantes moissons, dans les prés, l'herbe poussa drue. Le valet diabolique faisait se remplir l'escarcelle du fermier qui n'avait qu'à se croiser les bras.

Cependant, à mesure que le temps s'écoulait, l'homme s'assombrissait. Au bout de trois mois, méconnaissable, il répondait par monosyllabes à ses femmes et fille qui s'interrogeaient sur cette prospérité soudaine. Au bout de huit mois, il devint muet perturbé par son drame intérieur. Son valet, au contraire, témoigna d'une joie exubérante. Sans cesse, il venait à ses côtés et demandait : "Du travail maître, il me faut du travail". Il devenait difficile à fournir matière à sa dévorante activité. Dans les champs, les fossés étaient bien tenus, les sillons admirablement tracés, l'herbe poussait drue... Dans la maison, rien ne laissait à désirer. La toiture avait été réparée et les murs nettoyés. Le grenier regorgeait de blé, la cave était pleine de cidre.

Arriva le dernier jour, le 365ème. Allait-il devoir sacrifier sa cadette ? Il pria encore une fois Saint Bily qui lui insipra un stratagème.

"Du travail, maître, il me faut du travail !" répétait le Diable.

"Attends et tu seras satisfait au-delà de ce que tu désires." répondit le fermier qui du grenier se mit à vider dans l'aire à battre tous les sacs de grain. "Tu veux travailler, alors prends une fourche, pique dans le tas et remonte le grain dans le grenier, ne flâne pas !"

Le valet maudit saisit la fourche et se mit à l'oeuvre. Il avait beau déployer des prodiges d'adresse, ses efforts se révélèrent vains, les grains glissaient de l'outil. Furieux, il brisa sa fourche contre le puits et s'exclama :

"Tu serais donc plus malin que moi paysan de Kerlo ?"

"Oh, oh, on se fâche mon valet, ma cadette t'attend, hâte toi d'en finir."

Le diable exaspéré hurla un horrible juron, de ses griffes arracha le pignon de la maison puis disparu dans un vol de tempête. La fille était sauvée, mais l'expérience porta ses fruits. La mort du tailleur et l'angoisse du fermier fournissaient la preuve que seuls sont heureux ceux qui gagnent leur vie par des moyens honnêtes.

 

Commentaires

 

Le personnage du tailleur est souvent critiqué dans la culture rurale bretonne. Il est au chaud l'hiver, à l'ombre en été, alors que les paysans doivent subir les excès des saisons ; il n'a pas à craindre les intempéries qui ruinent les récoltes, les épidémies qui déciment les troupeaux. Plus encore, il est en contact de la gente féminine oeuvrant à la maison alors que les hommes sont au champ. Il est indispensable aux coquettes.

Allant de village en village, il apprend les nouvelles, colporte les ragots et est de fait un conteur écouté et craint en même temps.

Il ne peut être considéré comme l'égal des rudes travailleurs, le tailleur n'est pas un homme, il en faut neuf pour en faire un selon un dicton breton.

 

Er hemenér dé ket un dén,

Mes kemenér ha nitra kin,

Er hemenér ne verit ket,

Kemer ioud a bilig erbet

Er hemenér ne verit ket

Kermer'n é zorndeur beniget

Traduction :

Le tailleur n'est pas un homme

Je suis tailleur et rien d'autre

Le tailleur ne mérite pas

De manger la bouillie dans la marmite commune

Le tailleur ne mérite pas

De plonger la main dans le bénitier

 

Dans les différents jeux (quilles, boule, soule...) il ne peut être loyal. Pire, on suppose facilement qu'il a des relations avec le Malin qu'il rencontre sur les chemins qu'il ne cesse de parcourir. Il est vu comme un jeteur de sorts : les vaches plantureuses maigrissent et ne donnent plus de lait après son passage.

 
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