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Le drame de 1672

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Un drame à Plaudren en 1672

"Dans une paroisse, dit un proverbe du pays gallo, un château c'est beau ; deux châteaux, c'est prise de maucs* ; trois châteaux, c'est coup de couteau."

Nous sommes dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. C'est l'histoire d'une querelle entre deux gentilshommes du Vannetais qui se termina de façon tragique au milieu de la lande plaudrinoise.

En 1630, trois des anciens manoirs de la paroisse de Plaudren étaient habités par trois familles unies par une amitié sans faille. Le premier, connu sous le nom de Kerscouble, avait emprunté son nom à la maison de l'Escouble dont le chef était alors Jean de l'Escouble. Le second, appelé Le Mortier, était la résidence de Claude de Trévégat alors que le troisième, la Guitonnière appartenait à Mathieu de Lantivy.

Les sieurs de ces familles se voyaient journellement. Pierre de l'Escouble, fils ainé de Jean, venait de se marier, et cette union avait fourni l'occasion de fêtes répétées dans les château du voisinage dont celles du Mortier et de la Guitonnière qui furent particulièrement réussies.

Une vieille femme, inconnue des paroissiens de Plaudren et que l'on ne revit jamais, traversa la lande de la Croix Peinte le jour du baptême du fils de Pierre l'Escouble. Arrêtant les pastours occupés à garder les troupeaux, elle leur déclara que ce jour devait être fatal pour leur seigneur, et que l'enfant dont on célébrait le sacrement au moment même dans les trois principaux manoirs, était destiné à y porter le deuil et les plus grands malheurs. L'un des paysans s'étant moqué de la sorcière et ayant même osé lancer son chien sur elle, on la vit lever la main et prédire qu'un crime épouvantable serait commis en cet endroit, dans la lande de la Croix Peinte.

Très vite, l'incident fit le tour du pays. Tout à chacun commentait les prédictions malheureuses. Seul le seigneur de Kerscouble fut troublé et ordonna que l'on ne parle plus jamais de la dite sorcière. De fait, quelques années plus tard, son passage dans la paroisse avait été complètement oublié.

L'enfant en question, reçu le prénom de Jean, comme son grand-père. A la même période, la dame de Trévégat mit au monde un autre garçon qui fut baptisé Paul. Du même âge, Jean et Paul devinrent inséparables. Ils s'aimèrent comme deux frères, en parageant toute joie et toute peine.

Rien ne venait troubler la quiétude des manoirs de Kerscouble et du Mortier. La prédiction de la vieille femme n'avait donc pas eu lieu pouvait se dire Pierre l'Escouble sereinement.

Mais le malheur était à venir, quand naquit à la Guitonnière celle qui devait en être la cause : Anne de Lantivy.

 

 

1648. La guerre de Trente vient de se terminer et Anne n'a que quelques années, mais Paul, âgé de 18 ans était alors engagé dans le régiment de la Meilleraye. Paul de Trévégat se fit remarquer favorablement dans les différentes campagnes de guerre menées. Il fut promu capitaine et parti pour l'Italie pour la campagne dont l'origine remonte aux brouilles du nouveau règne de Louis XIV et le Saint-Siège.

Mais ses exploits militaires s'arrêtèrent dans les marais du Milanais où Paul fut pris par de terribles fièvres et rhumatismes. Abandonné des chirurgiens qui déclarèrent son état des plus graves, il quitta l'armée. Il rentra en Bretagne, méconnaissable au château de Limoges près de Vannes, dont ses parents venaient d'hériter et où ils avaient fixé leur résidence ordinaire.

Jean de l'Escouble et les parents D'Anne de Lantivy portèrent beaucoup d'intérêt au malade. Anne, justement, que Paul avait laissé enfant, était dans tout l'éclat de sa beauté. Aussitôt, Paul tomba éperdument amoureux et il demanda sa main. Mais ce n'était pas sans compter sur un rival de taille : Jean l'Escouble, alors chef de nom et d'armes, dont la bonne mine et la fortune tournaient la tête de toutes les héritières du Pays de Vannes.

Mais hélas, Jean aussi fit une demande à Anne de Lantivy qui la repoussa formellement, en même temps qu'elle acceptait celle de Paul de Trévégat... Dès lors, entre les deux inséparables amis d'hier, ce fut une guerre acharnée, implacable.

Le mariage fut célébré à Saint Patern à Vannes le 1er septembre 1664, dès que la santé du jeune seigneur fut un peu rétablie. Jean voulant de dépit être marié avant eux, épousa le 12 septembre 1663 Marie-Servanne Lesné, dame des Rabines.

Mais le doux et paisible Jean était devenu irritable et impatient. Sa femme mourut sans lui laisser d'enfant. Il se retira alors dans son manoir de Plaudren où il ne voulut voir ni amis ni parents.

Le moment arrivait où le sinistre présage de la sorcière allait se réaliser. Comme de fait, les tenanciers des deux manoirs embrassèrent la querelle de leurs seigneurs. Chaque jour amenait donc sa dispute. Une fois, un gars du Mortier se prit violemment avec un serviteur de l'Escouble. Celui-ci qui n'était pas loin accourut hors de lui et prit fait et cause pour son vassal avec une violence extrême. Son épée transperça le malheureux du Mortier qui expira en quelques instants.

L'enquête fut menée par les juges de Largouët. Paul les convia à souper coucher au château du Mortier le temps des deux jours de l'enquête. Cela redoubla la  fureur de l'Escouble qui accusa son ancien ami de fourvoyer les juges. Il chercha tous moyens de le faire punir et jura de se venger et chercha dès lors toute occasion d'une recontre avec le marie d'Anne de Lantivy.

Le 16 décembre 1672, vers dix heures du soir, Paul revenait à cheval du manoir de Cadoudal avec deux neveux où ses cousins donnèrent un souper à toute la noblesse des environs. La nuit était noire et glaciale. A peine le cri d'une chouette venait briser le lourd silence des immenses landes de Lanvaux.

 

 

A une lieue du Mortier, un coup de sifflet sinistre retentit dans la nuit à trois pas d'eux. Le cheval de Trévégat se cabra violemment et cassa l'étrivière, ce qui l'obligea à mettre pied à terre. Alors que celui-ci tentait une réparation de fortune et de calmer sa monture, les deux neveux sortirent leur pistolet de leur fonte en menaçant du canon la nuit noire et craignant une mauvaise rencontre...

Soudain, rapide comme l'éclair, apparurent cinq cavaliers que suivaient deux hommes à pied. Celui qui semblait diriger la petite troupe s'avança vers Paul : "C'est toi Paul de Trévégat ?" lui dit-il d'une voix rauque. "Il y a trop longtemps que j'attends ce moment ! Nous voici enfin face à face ! Dégaine si tu n'es pas un lâche !"

"Vous me prenez à votre avantage, l'Escouble, mais n'importe !" répondit Trévégat en tirant l'épée.

En un instant, les deux vieux amis ennemis furent aux prises. Jean se fendit de tant de violence et d'empressement qu'il s'enferra sur l'épée de Paul qui lui traversa la poitrine. Le coup était mortel. Le malheureux eut le temps de ces quelques mots :"Vous pouvez dire à tous que je suis mort en combat déloyal et par ma faute. Je quitte ce monde en pardonnant à Trévégat et à sa femme tout le mal qu'ils m'ont causé et en le suppliant de celui que leur ai fait. Je conjure le Divin de me remettre de mes péchés."

C'est effondré que Paul regagna Le Mortier. Il déplorait avec sincérité la mort de son ami. Il n'ignorait pas non plus que les juges ne laisseraient une telle affaire sans jugement. On était encore à une époque sous l'empire des édits de Richelieu contre les duels, édits terribles auxquels on ne pouvait échapper que par l'exil.

Un arrêt de la cour du 13 mars 1673 ordonna l'incarcération de Paul de Trévégat, malgré les témoignages du seigneur de Pérennez, neveu de Jean de l'Escouble qui accablait son oncle.

Paukl écrivit alors à Turenne, sous le commandement duquel il avait fait ses premières armes et le supplia d'intervenir en sa faveur auprès du Roi. Le maréchal qui avait gardé un bon souvenir de Paul, se fit donc son défenseur devant Louis XIV à qui il rappela les bons et loyaux services. Il fut d'ailleurs assez habile et convaincant, et obtint des lettres de grâce qui furent signées à Reims en juin 1673.

Le drame de la Croix Peinte n'eut donc pas de suite fâcheuse pour la maison de Trévégat, mais il resta longtemps dans la mémoire des plaudrinois, et peut-être trouverait-on aujourd'hui quelques souvenirs, auprès du Mortier, de ce guet-apens qui coûta la vie à l'un des plus brillants cavaliers vannetais du XVIIe siècle...

Et puis, qui sait ? Prenez garde avant d'en rire, dans la lande, si vous croisez une mystérieuse vieille femme qui vous annonce des faits d'avenir...

*Mauc : signifie en gallo : museau, bouche.

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